Les Flyers de l’ARC surprennent le monde entier en gagnant la médaille d’or aux Olympiques

Article de nouvelles / Le 8 février 2018

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Par Joanna Calder

Le 8 février 2018 marquera le 70e anniversaire de la victoire olympique historique des Flyers de l’Aviation royale du Canada (ARC). L’équipe de hockey assemblée à la hâte et dont personne n’avait entendu parler a battu les favoris mondiaux aux Jeux olympiques d’hiver de 1948, remportant la médaille d’or.

Le 8 septembre 1947, le commandant d’aviation Alexander « Sandy » Watson, médecin-chef de l’ARC, est atterré.

Plus tôt dans l’année, le Comité international olympique a annoncé que les athlètes olympiques doivent obligatoirement être « amateurs » pour participer aux compétitions et que tous ceux qui reçoivent une forme ou une autre de rémunération pour exercer un sport, même s’il s’agit d’une allocation et non d’un véritable salaire, n’y sont pas admissibles. Ainsi, les gagnants de la Coupe Allan, qui représentent normalement le Canada dans la compétition de hockey, ne pourront pas participer aux jeux.

En raison du changement dans les règles, le Canada n’enverra pas d’équipe de hockey aux Jeux olympiques d’hiver de 1948 à Saint-Moritz, en Suisse. Se disant que c'est inacceptable, le commandant d’aviation Watson prend son téléphone.

Dans les 24 heures suivantes, il obtient le soutien de Brooke Claxton, ministre de la Défense, du maréchal de l’air Wilf Curtis, chef d’état-major de la Force aérienne, ainsi que l’appui de l’Association canadienne du hockey amateur, pour former une équipe de hockey de l’ARC qui participera aux Olympiques. Parce que les militaires de l’ARC sont payés pour exécuter leurs tâches militaires et non pour participer à des sports, on peut dire d'eux qu’il s'agit d'amateurs.

Jusque-là, tout va bien. Mais encore faut-il constituer une équipe!

Les essais et les séances d’entraînement en vue du recrutement de l’équipe de hockey des Flyers de l’ARC commencent immédiatement. Malheureusement, trois des meilleurs joueurs de hockey de l’ARC qui forment ce qu’on appelle la « Kraut Line », à savoir Robert Theodore « Bobby » Bauer, Milton Conrad « Milt » Schmidt et Woodrow Clarence « Woody » Dumart, ne sont pas admissibles parce qu’ils ont fait partie des Bruins de Boston avant la guerre. Mais il y a beaucoup d’excellents joueurs de hockey dans l’ARC et, au bout d’un certain nombre de jours éreintants, une équipe voit le jour.

Catastrophe! À leur premier match hors concours officiel contre les Redmen de l’Université McGill, les Flyers essuient une défaite de 7 à 0 devant une foule gigantesque dont fait partie le gouverneur général, le ministre de la Défense Claxton, le maréchal de l’air Billy Bishop et des représentants de l’Association olympique canadienne et de l’Association canadienne du hockey amateur. Deux jours plus tard, les Flyers s’inclinent devant l’équipe de hockey de l’Armée canadienne. Le commandant d’aviation Watson et le sergent Frank Boucher, entraîneur de l’équipe, doivent repenser leur stratégie.

Enfin, le 7 janvier 1948, on rassemble une équipe forte; elle compte moins de la moitié des joueurs qui la composaient quand les Redmen l’ont vaincue. En 24 heures, les hommes doivent se rendre à New York et embarquer à bord du le RMS Queen Elizabeth pour faire le voyage jusqu’en Europe. Tous les joueurs de l’équipe sont des militaires de l’ARC, sauf deux, mais ils ont suivi des cheminements bien différents pour en arriver là. Certains servent dans l’ARC, certains ont été rappelés comme réservistes de l’ARC ou ont quitté l’ARC et ont dû s’enrôler de nouveau, quelques-uns sont d’anciens militaires de l’Armée qui ont réintégré les rangs du côté de la Force aérienne et certains ont même été recrutés dans la rue. On donne au civil André Laperrière seulement 15 minutes pour décider s’il veut jouer ou non dans l’équipe; le jour suivant, il se joint à l’ARC. De plus, deux anciens militaires nantis de la Marine royale du Canada décident de faire partie de l’équipe à titre bénévole.

Bon nombre sont d’anciens combattants de la Seconde Guerre mondiale et deux d’entre eux ont même reçu de prestigieuses décorations. Le lieutenant d’aviation Hubert Brooks a reçu la Croix militaire; il s’est évadé d’un camp de prisonniers allemand et, ayant rejoint les partisans polonais, a combattu à leurs côtés pendant plusieurs mois. Le lieutenant d’aviation Frank Dunster, quant à lui, a obtenu une Croix du service distingué dans l’Aviation pour avoir ramené un bombardier Halifax endommagé et son équipage sain et sauf en territoire allié. Son appareil également abattu, l’aviateur-chef Roy Forbes a pu échapper à la capture et rejoindre les lignes alliées au bout de cinq mois, grâce à l’aide de la résistante française.

Le soir du départ, le désastre frappe de nouveau. Le gardien de but ne peut pas partir pour des raisons médicales, donc le commandant d’aviation Watson doit appeler en renfort un gardien de but amateur inconnu : Murray Dowey. En l’espace de trois heures, Dowey, ancien militaire de l’Armée, obtient un congé autorisé de son emploi civil et prend le train en direction d’Ottawa. Quelques heures plus tard, on l’assermente en tant que militaire de l’ARC et il prend de nouveau le train, cette fois-ci pour se rendre à New York. Personne ne l’a jamais vu à l’œuvre, sauf quelques membres des Flyers qui ont joué avec lui dans des équipes civiles.

Après un séjour à très mal manger dans des hôtels minables et quelques matchs hors concours en Angleterre et sur le continent, les Flyers mettent le cap sur Saint-Moritz. Le lieutenant d’aviation Brooks accepte de porter le drapeau canadien au nom de toute l’équipe olympique canadienne durant la cérémonie d’ouverture des Jeux, le 20 janvier.

La fierté nationale est en jeu, donc l’équipe inconnue de l’ARC doit se montrer à la hauteur. Le Canada a remporté la médaille d’or au hockey aux Jeux olympiques d’hiver de 1920, de 1924, de 1928 et de 1932. En 1936, les Britanniques ont remporté l’or à leur tour, mais leur équipe était presque entièrement composée de Canadiens ou de joueurs ayant passé leur jeunesse au Canada. Les jeux de 1948 représentent les premiers Jeux d’hiver depuis cette date, et le monde entier les regardera.

En somme, rien ne peut arrêter les Flyers.

Le 20 janvier, les Flyers disputent leur premier match contre l’équipe suédoise. Mais avant que le jeu ne commence, le sergent Boucher, entraîneur de l’équipe, doit prendre une décision difficile. Selon les règles olympiques, il ne peut compter que sur 11 joueurs, plus le gardien de but remplaçant, à l’exclusion de tous les autres. Il garde la même combinaison de joueurs pendant toutes les parties, ce qui se révèle une décision gagnante, mais ceux qui ont tant travaillé pour se rendre à Saint-Moritz trouvent dur de ne pas pouvoir prendre part à l’action.

Les Canadiens battent les Suédois 3 à 1. Il est désormais clair que l’aviateur-chef Dowey est un superbe gardien de but. Joueur de baseball accompli, il attrapait déjà des rondelles à l’adolescence à l’aide d’un gant de baseball transformé en gant attrape-rondelle. Durant les Olympiques, ses aptitudes jusqu’alors inconnues surprennent les spectateurs.

Au troisième jour, les Canadiens battent les détenteurs de la médaille d’or, l’équipe britannique, 3 à 0, pendant une tempête qui recouvre la patinoire extérieure de près de trois centimètres de neige. Les joueurs balaient la neige sur la glace durant un match qui dure trois heures et demie, terni en prime par de mauvaises décisions des arbitres.

Le 2 février, il fait soleil et doux, ce qui transforme la patinoire en une mare de glace fondante. Les Flyers battent néanmoins les Polonais 15 à 0, qui ont eu du mal à former une équipe. Les joueurs ont le sentiment qu’il n’est pas très sportif de battre l’équipe polonaise par une telle marque, mais selon les règles olympiques, chaque but compte dans le résultat final des médailles.

Le jour suivant, les Flyers écrasent l’équipe de l’Italie, autre pays qui lutte pour se relever de la dévastation causée par la Seconde Guerre mondiale, 21 à 1. Le 4 février, le temps doux détruisant de nouveau la glace extérieure, on doit reporter le match contre l’équipe américaine au lendemain. Bien des gens croient que cette partie marquera la fin de la série des victoires des Flyers, mais les Canadiens battent l’équipe américaine de façon décisive 12 à 3.

La prochaine partie oppose les Flyers à l’équipe tchécoslovaque, dont l’entraîneur est canadien. Puisque les Tchèques forment une bonne équipe, le match est chaudement disputé. En fin de compte, cependant, aucune des équipes ne réussit à marquer de point pendant la partie, qui se termine 0 à 0. Les Canadiens n’ont plus que deux matchs devant eux avant de monter sur le podium.

Au septième match, les Canadiens battent les Autrichiens 12 à 0, là encore au milieu d’une tempête de neige. Enfin, le dernier jour des Olympiques arrive : les Flyers doivent affronter les favoris de l’endroit, l’équipe suisse.

Encore une fois, la météo complique les choses et, selon Jack Sullivan, de la Presse canadienne, les Flyers doivent surmonter les difficultés que présentent la glace fondante et les décisions partisanes des arbitres. Le journaliste écrit que la condition de la glace est si mauvaise que le match tourne presque à la farce. Vers la fin de la partie, les partisans suisses commencent même à lancer des balles de neige aux joueurs canadiens!

Malgré tout, les Flyers persévèrent. Ils gagnent le match 3 à 0 et remportent la médaille d’or. De plus, le gardien de but Murray Dowey n’accorde que cinq buts en huit matchs et permet cinq blanchissages. Les Flyers de l’ARC, qui, deux mois plus tôt, ne semblaient pas prometteurs, et la patineuse artistique Barbara Ann Scott gagnent les deux premières médailles d’or des Jeux olympiques d’hiver.

Le premier ministre William Lyon Mackenzie King envoie un télégramme au commandant d’aviation Watson afin de lui dire que la victoire de l’équipe suscitera des réjouissances partout au Canada et de féliciter chaleureusement l’équipe de sa réalisation remarquable. C’est tout le contraire des titres qu’on trouvait dans les journaux après la défaite des Flyers contre les Redmen de l’Université de McGill, dont celui-ci : « L’équipe n’est pas à la hauteur des Jeux olympiques. » 

Le jour suivant a lieu une célébration d’un genre bien différent quand le lieutenant d’aviation Brooks et Birthe « Bea » Grontved se marient à Saint-Moritz. Barbara Ann Scott agit à titre de dame d’honneur et le commandant d’aviation Watson, de témoin. Ensuite, la plupart des membres de l’équipe jouent de nombreux matchs hors concours en Europe, en partie pour payer les frais de leur participation. Ils finissent par rentrer au Canada, où ils sont accueillis par un défilé dans les rues d’Ottawa.

Après leur rentrée au pays, les Flyers sombrent de nouveau dans l’anonymat. L’équipe cesse d’exister officiellement le 11 avril 1948, après quoi de nombreux joueurs reprennent leur emploi civil, tandis que d’autres poursuivent leur carrière dans l’ARC, notamment Orval « Red » Gravelle, qui avait travaillé comme chasseur à l’hôtel Château Laurier, à Ottawa, avant d’accepter de se joindre à l’ARC et de jouer pour les Flyers.

En 1971, les Flyers ont fait leur entrée au Temple de la renommée des sports des Forces armées canadiennes et, en 2008, au Temple de la renommée olympique du Canada.

Les membres de l’équipe des Flyers de l'ARC

  • Le commandant d’aviation Sandy Watson – Gérant
  • Le sergent Frank Boucher – Entraîneur
  • Le caporal George McFaul – Soigneur et préposé à l’équipement
  • Le lieutenant d’aviation Hubert Brooks
  • L’aviateur-chef Murray Dowey
  • Le lieutenant d’aviation Frank Dunster
  • L’aviateur-chef Roy Forbes
  • Le sergent Andy Gilpin
  • L’aviateur de 1re classe Orval « Red » Gravelle
  • Le caporal Patsy Guzzo
  • Wally Halder – Meilleur marqueur pendant les Olympiques
  • L’aviateur de 1re classe Ted Hibberd
  • Le caporal Ross King
  • L’aviateur de 2e classe André Laperrière
  • Le sergent de section Louis Lecompte
  • L’aviateur de 1re classe Pete Leichnitz
  • George Mara – Capitaine de l’équipe
  • L’aviateur-chef Ab Renaud
  • Le lieutenant d’aviation Reg Schroeter
  • Le caporal Irving Taylor

Pour approfondir le sujet

Gold Medal Misfits: How the unwanted Canadian hockey team scored Olympic glory, de Pat MacAdam, publié en 2007 par Manor House Publishing

Against All Odds: The Untold Story of Canada’s Unlikely Hockey Heroes, de P.J. Naworynski, publié en 2017 par HarperCollins Publishers Ltd.

Les chapitres 8 et 9 de The Life and Times of Hubert Brooks, MC, DC, publié au http://www.hubertbrooks.com/8_0HubertBrooks_RCAFflyer.html (consulté le 7 février 2018)

Des images tirées de l’album de coupures des Olympiques d’Andy Gilpin’s, au http://fliphtml5.com/btaf/vrop (consulté le 7 février 2018).

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