Le 401e Escadron assure la protection aérienne lors du raid contre Dieppe

Article de nouvelles / Le 19 août 2019

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Par le major (à la retraite) William March

Le raid contre Dieppe, en France, nommé l’opération Jubilee, le 19 août 1942, constitue un moment charnière de la Seconde Guerre mondiale. La quasi-totalité de l’Europe continentale occupée par les Allemands, les forces alliées devaient affronter un ennemi bien enraciné. Les Canadiens composent la grande majorité des attaquants participant à un raid qui s’est soldé par un échec, mais qui a néanmoins permet d'apprendre des leçons précieuses pour la réussite de l’invasion du jour J, deux ans plus tard.

Au début de l’opération Jubilee, en août 1942, le 401e Escadron « Ram » de l’Aviation royale canadienne est un escadron de chasseurs bien établi, même si, comme dans la plupart des unités de l’ARC, il réunit des pilotes expérimentés et des hommes ayant tout juste terminé leur entraînement.

Leur vie quotidienne porte essentiellement sur l’apprentissage des subtilités de leur métier meurtrier, à la fois en tant que personnes et que dans le cadre d’un vol, ponctuée de patrouilles de chasseurs et de tâches d’escorte. Le Fighter Command privilégie l'offensive et s'attaque à la Luftwaffe à la moindre occasion.

Le 401e Escadron voit le jour

Le 21 septembre 1937, l’escadron Ram voit le jour à Trenton, en Ontario, en tant que 1er Escadron de chasse. Mobilisé pour la guerre le 10 septembre 1939 à Saint-Hubert, au Québec, il s’installe brièvement à Dartmouth, en Nouvelle-Écosse, avant de partir à l'étranger le 28 mai 1940. Après s’être distinguée lors de la bataille d’Angleterre et afin d’éviter toute confusion conformément à la politique de la Royal Air Force (RAF), l'unité devient le « 401e Escadron » le 1er mars 1941, pendant qu’il est basé à Driffield, dans le Yorkshire.

Le 14 août, lorsque l’escadron reçoit l'ordre de déménager de Biggin Hill à l’aérodrome de Lympne, tous les deux dans le Kent, le personnel de l’unité pense probablement qu’il ne s’agit que d’une autre opération ordinaire. Le déplacement d’unités vers différents terrains d’aviation offre différentes possibilités d’entraînement et de combat tout en exerçant la mobilité de l’échelon terrestre d’un escadron.

Les avions de l’escadron arrivent cet après-midi-là et les membres du personnel apprennent qu’ils partageront leurs nouvelles installations avec le 133e Escadron « Eagle ». Le nouveau mess des officiers est situé dans la maison de Phillip Sassoon, dont le goût éclectique émerveille les aviateurs canadiens. Doté d'une piscine à l’avant, le manoir est décoré de bois et de marbre, rappelant les esthétiques égyptiennes et turques. Dans le registre des opérations de l’escadron, où l'on note avec sarcasme : « tout le monde pouvait deviner qu’une femme n’avait eu que peu à voir avec la décoration ou l’architecture intérieure », on indique avec nostalgie : « le 133e Escadron, qui avait déjà visité l'endroit et qui en connaissait l’aménagement, a obtenu les meilleures chambres ».

Dirigé par le commandant d'aviation Keith Hodson, de London, en Ontario, le 401e Escadron effectue sa première opération majeure à partir de Lympne le 17 août. En compagnie des 64e et 402e Escadrons, il escorte douze bombardiers B-17 Flying Fortress de la United States Army Air Force (USAAF) partis attaquer l’aire de triage de la gare de Rouen, en France. La journée se révèle bien remplie pour l’escadron Ram, qui a combat des Focke-Wulf 190. L’unité déclare avoir abattu un avion ennemi, ainsi que cinq autres probablement, et endommagé un appareil. Malheureusement, le 401e Escadron perd un pilote : le sous-lieutenant d’aviation Jack Kenneth Ferguson, âgé de 26 ans, de Victoria, en Colombie-Britannique, trouve la mort et un autre membre du personnel de l’unité subit des blessures graves.

Le raid contre Dieppe : le matin

En 1942, le rythme opérationnel d’un escadron de chasseurs canadiens ne laisse pas beaucoup de temps pour pleurer la perte d’un ami. Tard dans l’après-midi du lendemain, le 401e Escadron apprend son rôle dans l’opération Jubilee, une attaque en force contre le port français de Dieppe, occupé par les Allemands. L’assaut amphibie devant se dérouler à l’aube du 19 août, le 401e Escadron se joindra à deux autres escadrons escortant vingt-quatre B-17 chargés de mener une autre attaque. Cette fois, cependant, des bombes alliées tomberont sur l’aérodrome de la Luftwaffe à Abbeville, en France, afin de détruire les chasseurs ennemis au sol et d’empêcher les Allemands d’utiliser l’aérodrome.

Bien que l’escadron est prêt dès 5 h le matin du 19, il ne quitte Lympne qu’à 9 h 35. Après avoir rejoint les bombardiers américains au-dessus de Bévéziers, le groupe aérien se dirige vers l’est en direction de la cible. Aucun chasseur allemand ne semble s’opposer à l’attaque, mais il y a beaucoup de tirs antiaériens au-dessus de l’aéroport d’Abbeville. Néanmoins, les B-17 réussissent leur bombardement, frappant la piste et endommageant des aéronefs au sol et des bâtiments voisins. Lors du voyage de retour, après avoir atteint la côte française, le commandant d’aviation Hodson a la liberté d’emmener son escadron à Dieppe. L’endroit est facile à trouver : les équipages aériens n’ont qu’à voler vers les épaisses colonnes de fumée noire.

Descendant progressivement de 7 500 à 3 000 mètres d’altitude, les pilotes de chasse canadiens attaquent sans tarder les appareils allemands. Le commandant d’aviation Hodson endommage un chasseur ennemi avant de repérer des bombardiers allemands Dornier 217 (Do-217) se dirigeant vers les navires de la marine alliée et il les attaque. Se rapprochant à moins de 45 mètres, il ouvre le feu sur l’un des appareils ennemis. Bien qu’il voie des projectiles de canon toucher la cible et une explosion, il doit rompre le combat avant de pouvoir achever sa victime.

Le sergent de section Robert Mehew « Zip » Zobell, de Raymond, en Alberta, qui a déjà endommagé un chasseur ennemi, s’attaque à un second appareil ennemi, un Do-217. Les tirs provenant du bombardier endommagent son gouvernail, ses ailes et son auvent, fracassant son viseur et envoyant un éclat de verre dans son œil gauche. Il interrompt le combat et ramène soigneusement son Spitfire endommagé en Angleterre, avant de se poser sans encombre. Le sergent de section Stanley Cyril Cosburn, de Calgary, en Alberta, autre aviateur du 401e Escadron, réussit, quant à lui, à endommager deux Do-217.

Les autres aviateurs du 401e Escadron se mesurent à des FW-190, mais obtiennent des résultats peu concluants, à l’exception du sous-lieutenant d’aviation Donald Robert « Don » Morrison, de Toronto, en Ontario, qui fait exploser l’un des chasseurs allemands en plein vol. Toutefois, les débris de l’avion ennemi endommagent gravement son Spitfire, ce qui le force à l’évacuer. Repêché dans les eaux glacées de la Manche par un bateau de sauvetage de la RAF, il ne réintègre son escadron que le lendemain.

Le raid contre Dieppe : l’après-midi

Après être retourné à Lympne pour faire le plein, se réarmer et prendre un repas à la hâte, le 401e Escadron entreprend sa deuxième mission de la journée. À 13 h 25, le commandant d’aviation Hodson mène neuf autres aviateurs de son unité dans les airs pour assurer une protection aérienne lors du retrait des Alliés. Ils passent trente minutes dans les environs de Dieppe en contact avec l’ennemi.

Presque tous les aviateurs du 401e Escadron combattent des chasseurs allemands, mais les résultats se révèlent peu concluants. Il y a toutefois quelques exceptions. Le capitaine d’aviation James Whitham, d’Ottawa, en Ontario, et le pilote George Bremner Murray, de Winnipeg, en Manitoba, affirment chacun avoir endommagé et probablement détruit des FW-190. Le sous-lieutenant d’aviation Harold Andrew Westhaver, de Vancouver, en Colombie-Britannique, quant à lui, déclare avoir endommagé un autre chasseur ennemi.

Ces succès ont eu un coût, toutefois. Le sergent de section Morton Haist Buckley, de Lynn, dans l’État du Massachusetts, est l’ailier du capitaine d’aviation Whitham lorsque son groupe de quatre Spitfire affronte quatre FW-190. Deux des aéronefs ennemis attaquent le sergent de section Buckley et, malgré l’avertissement pressé du capitaine d’aviation Whitham, le pilote américain ne réussit pas à prendre des mesures d’évitement. Son Spitfire s’écrase dans la mer et on n’aperçoit aucun parachute. Au cours du même affrontement, l’avion du sergent Leo Joseph Armstrong, de Plainview, dans l’État du Nebraska, est abattu, mais le pilote réussit à évacuer l’appareil en vol. Pendant qu’il grimpait à bord de son canot de sauvetage, il est capturé par les Allemands et devient prisonnier de guerre.

L’escadron effectue sa troisième et dernière sortie en fin d’après-midi, mais ne rencontre aucun avion ennemi. Lors de deux courts affrontements, trois aviateurs disparaissent. L’un d’eux rentrera à l’unité et l’autre est « sain et sauf » chez les Allemands, mais le personnel de l’escadron ne le sait pas à ce moment-là. Malgré le chagrin causé par la perte de leurs amis et camarades, le personnel de l’escadron de l’ARC est fier d’avoir réussi à tenir à distance la Luftwaffe pendant l’assaut et le retrait.

Le lendemain de Dieppe, le 401e Escadron s’envole de nouveau, escortant encore une fois des bombardiers américains.

Décidément, la guerre va être longue...


 

Joignez-vous à l'ARC : Osez vous surpasser

Les officiers du contrôle aérospatial contribuent aux opérations aériennes en fournissant des services de contrôle de la circulation aérienne et en assurant le contrôle des armes aériennes.

Ils sont chargés de la surveillance aérospatiale, de l’alerte et du contrôle des objets aéroportés dans l’espace aérien canadien. En tant que partie intégrante du système canadien de navigation aérienne, les officiers du contrôle aérospatial assurent également le contrôle des aéronefs civils et militaires dans le cadre d’opérations de combat et d’instruction partout dans le monde.

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